Stratégie de ravitaillement

Le ravitaillement en nourriture et en eau est probablement LA préoccupation numéro 1 quand on fait un thru-hike. Sur le PCT, vous aurez typiquement à gérer des autonomies de 3 à 4 jours, parfois 5. Exceptionnellement (une, peut-être deux fois selon votre rythme?) vous aurez des étapes d’1 journée entre deux points de ravitaillement, et dans la Haute Sierra il est possible que vous ayez à porter 12 jours de nourriture selon la stratégie de passage pour laquelle vous aurez opté.
Comment faire pour les étapes classiques de 3-4-5 jours?

Le PCT traverse assez peu de villes de manière directe. Ca arrive ici ou là mais ça reste rare. La plupart du temps, quand le chemin croise une route, vous devrez faire du stop pour aller à la ville la plus proche où vous pourrez manger au restaurant, faire vos courses, parfois prendre une douche, faire une lessive et pourquoi pas passer une nuit dans un vrai lit si vous décidez de vous accorder un peu de repos. Le stop fonctionne très bien aux Etats-Unis, je n’ai jamais attendu très longtemps pour trouver une voiture et ça a toujours été l’occasion de rencontrer des gens sympas qui étaient sincèrement curieux d’en savoir plus sur l’aventure que je vivais. Pour moi le stop et les trajets vers les villes font partie intégrante de la vie sur le trail.

Dans toutes ces villes il y a, selon leur taille, soit un supermarché soit une grosse épicerie (general store) soit les deux. Dans certaines villes plus importantes il y a même des coop bio, mais ça reste assez rare. Dans tous les cas, vous trouverez toujours ce dont vous avez besoin pour vous nourrir sur le trail. Dans certains (rares) endroits l’offre est un peu moins étoffée et il faudra être un peu créatif pour se composer des repas agréables, mais c’est quasi-anecdotique.

Vous pouvez donc prévoir de vous ravitailler au fil de l’eau, c’est ce que fait la plupart des thru-hikers et ça fonctionne très bien.

Une stratégie de ravitaillement consiste néanmoins à s’envoyer des colis en avance sur le trail. C’est une méthode dont on parle beaucoup sur les blogs, les chaines YouTube et les livres sur le PCT, et qui mobilise souvent beaucoup de temps dans la préparation de cette aventure, mais je ne la recommande pas aux personnes qui ne vivent pas aux Etats-Unis, pour les raisons suivantes :

  • S’envoyer de la nourriture à l’avance n’a du sens que si c’est une nourriture distinctive, des produits dont on sait qu’on ne pourra pas les trouver dans les points de ravitaillement présents sur le trail. En pratique, il faut donc que ce soit de la nourriture qui corresponde à des goûts et/ou à des contraintes diététiques très spécifiques. J’ai vu plusieurs Américain(e)s manger sur le trail des plats faits maison puis déshydratés, et pour ceux/celles qui ont la possibilité de le faire c’est un formidable confort.
    Mais ça ne marche que si on a une base logistique sur le territoire américain!
    Il est interdit d’importer de la nourriture aux Etats-Unis, donc si vous reproduisez ce système en Europe ou ailleurs dans le monde, tous les plats que vous aurez préparés chez vous seront saisis à la douane, même sous vide. Tout ce que vous pourrez vous envoyer en avance sur le trail sera de la nourriture achetée sur place, à priori à San Diego. Or, où que vous soyez sur le trail, vous trouverez les mêmes produits, souvent dans les mêmes supermarchés. Les acheter à l’avance n’a donc aucun intérêt.
  • Envoyer des colis chargés de victuailles a un coût, qui n’est pas négligeable. Les petites économies que vous aurez faites en achetant toute votre nourriture d’un seul coup dans un low cost de San Diego seront compensées négativement par le coût de son expédition par voie postale.
  • Cela enlève une grande part de spontanéité à votre aventure: il faut noter ce que vous vous êtes envoyé et où, il faut vous arrêter dans les villes en question alors que sur le moment vous aurez peut-être fait d’autres plans. Il faudra aussi être là aux horaires d’ouverture du bureau de poste, ce qui peut poser un petit casse-tête à l’occasion, notamment les jours de weekend. Pensez qu’entre le moment où vous expédiez vos colis et le moment où vous arriverez à l’endroit où vous devez le récupérer, plusieurs mois se seront écoulés!
  • En cas d’abandon, les colis qui se trouvent au-delà de votre point de sortie seront perdus, à moins d’appeler les bureaux de poste un par un pour vous faire réexpédier les boîtes…

Pour toutes ces raisons, il me semble largement préférable de vivre son aventure au jour le jour et de se laisser un maximum de flexibilité en ravitaillant au fur et à mesure dans les villes auxquelles on a accès tous les 3-4-5 jours. L’offre est à peu près uniforme, et dans la plupart des villes qui bordent le PCT elle est adaptée aux besoins des marcheur(euse)s. Vous ne mourrez donc pas de faim, et vous ne perdrez pas significativement en variété par rapport à des courses ultra-planifiées que vous vous seriez expédiées depuis San Diego.

Cela étant dit, il y a 2 endroits où s’envoyer un colis peut avoir du sens selon moi :

  • Kennedy Meadows (mi. 702)
    C’est là que vous enverrez le matériel nécessaire à la traversée de la Sierra et dont vous n’aviez pas besoin dans le désert. Sauf petites douceurs pour vous faire plaisir, pas besoin d’inclure de nourriture: vous trouverez sur place tout ce dont vous avez besoin.
  • Stehekin (mi. 2.572)
    Là le magasin est très peu fourni, vous envoyer de la nourriture peut être une bonne idée. C’est aussi le dernier ravitaillement avant la frontière canadienne, vous pourriez avoir envie d’inclure une petite douceur dans votre colis pour fêter votre arrivée au monument Nord. Mais ne prévoyez pas cet envoi des mois à l’avance : vous pouvez très bien le faire depuis Cascade Locks par exemple (la ville qui se situe à la frontière entre Oregon et Washington, juste avant Bridge of the Gods), où vous aurez une estimation fiable de votre date d’arrivée à Stehekin.
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